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dimanche 17 janvier 2016

Le tirage sur papier ordinaire


  La publication de " Voyage au bout de la nuit " remonte à la mi-octobre 1932.

  Les éditeurs en ont fait paraître quelques extraits dans diverses revues dont "Monde", "Europe" et "Cahiers du Sud". La mise en vente eut lieu le 15 octobre. Enfin, je crois...
  L'auteur étant totalement inconnu, il fallait bien essayer de créer le buzz autour de son premier roman, comme l'on dit aujourd'hui !


Rares aujourd'hui sont les exemplaires ayant conservé leur bande rouge !

  Le succès n'était pas garanti, mais le livre déclencha assez vite dans le milieu littéraire, une vague de réactions passionnelles, et parfois même houleuses. Personne en tout cas ne put rester indifférent.
Il fut rapidement pressenti pour le prix Goncourt, qui lui échappa finalement le 7 décembre.
Céline ne s'en remettra jamais vraiment, même si le prix Renaudot lui apportera une belle consolation.

  Denoël et Steele avaient donc initialement prévu un chiffre raisonnable pour leur premier tirage, d'environ 3000 exemplaires. Ce qui va vite s'avérer largement insuffisant...

Un correspondant m'a fait part de cet intéressant document provenant de leurs archives :


On peut y voir que 200 ex. pour le Service de Presse ont été tirés en premier, le 12 octobre.

Le lendemain ont été imprimés 95 ex. sur Alfa ainsi que les 20 ex.sur Arches. Pourquoi 95 seulement ?

Puis, à partir du samedi 15, et jusqu'au 2 novembre, sont sortis au total 3284 ex. ordinaires.

Enfin, on y aperçoit (hélas trop mal) le nombre des autres ex. sur Alfa imprimés le 3 décembre. S'il s'agissait du nombre 31, comme on pourrait le deviner, cela ferait un total de 126 ce qui correspondrait aux 100 numérotés + les 26 marqués d'une lettre. Qui sait ?

  Je pense (mais je peux me tromper) que ce sont ces 3284 exemplaires-là tirés sur papier ordinaire qui comportent à la fin les feuillets d'annonces sur papier gris-bleu. Il semble tout à fait improbable que les éditeurs aient décidé de changer leurs annonces sur une période d'un peu plus de deux semaines.

C'est également à mon avis parmi ceux-ci que l'on peut rencontrer successivement les deux, ou bien un seul, ou bien aucun "M" à l'envers.


  Au vu de cette chronologie, il semble que ceux sur grands papiers ont été tirés quelques jours auparavant.
Pourtant, la plupart ont bien les deux "M" corrigés, eux...

C'est à ne plus rien y comprendre ! ! !


Peut-être qu'un jour, j'en aurai un comme celui-ci, 
( on peut toujours rêver )
et que cela me permettra d'y voir plus clair ?...



Combien de grands papiers ?


  Nous avons vu que la justification de l'édition originale parle de 110 exemplaires numérotés : de 1 à 10 sur Arches vendus 90 Francs, et de 11 à 110 sur Alfa vendus 40 francs.

Mais ce serait trop beau si c'était aussi simple !


  Sur papier vergé d'Arches, il en existe bien 10 numérotés. Avec la mention "ARCHES" sur le dos.

Plus un certain nombre d'autres, hors commerce. Une dizaine, paraît-il...
Une lettre du 29 juillet 1933, des éditeurs à René Gaffé, donne ce chiffre de "dix exemplaires seulement...réservés à l'auteur et aux collaborateurs de la maison; peut-être deux ou trois ont-ils été envoyés à des critiques...". Ce qui en ferait donc environ 20 sur Arches. Difficile d'être plus précis.

Le prestigieux numéro 1, qui aurait bien pu être l'exemplaire de l'auteur, s'est vendu à Paris en 2013, et nous avons eu la surprise de lui découvrir un dos différent des autres : assez étonnant, non ?


Le numéro 2 serait celui de Léon Daudet, le numéro 3 a appartenu à Exbrayat, le numéro 5 à Lucien Descaves, et le numéro 8 à Roland Saucier, directeur de Gallimard.

Certains Hors Commerce sont connus dédicacés : à René Gaffé, à Jean Ajalbert, au critique Frédéric Lefevre, à Robert Beckers collaborateur de Denoël, à Max Dorian, à Max Descaves, à Gaston Chéreau, à Bernard Steele, et à Madame Lucien Descaves.


  Les 100 autres numérotés, imprimés sur le second grand papier portent au dos la mention "ALFA" :


La dernière de couverture est vierge de toute publicité contrairement aux tirages sur papier d'édition :



La numérotation se situe sous la justification, manuscrite et à la plume :



  Une curiosité supplémentaire se remarque sur ces exemplaires sur Alfa, au bas de la même page, où l'on peut voir que la date 1932 du copyright est incomplète :


 Ou parfois, complétée à la plume !



  Mais on sait qu'il existe là encore, en plus de ces 100 numérotés, un certain nombre d'autres exemplaires, eux aussi imprimés sur Alfa, mais qui sont soit non justifiés comme celui dédicacé à André Gide et vendu récemment par Pierre Bergé, soit Hors Commerce ! Ce qui ferait environ 150 sur Alfa.


Certains sont marqués d'une lettre de A à Z. Ce qui en fait déjà 26 !
Celui de René Louis Doyon est marqué de la lettre " K ".

D'autres ne seraient porteurs que de la mention manuscrite "H.C." à la plume.
Comme, paraît-il, ceux de Léon Hénnique, de Gaston Picard, fondateur du prix Renaudot, et de J. H. Rosny jeune (dont le vrai nom est Séraphin Justin François Boex !).

Et encore d'autres sont nominatifs, comme celui de Jean Ballard, fondateur des Cahiers du Sud : 


Connus également pour le Docteur Henri Villette, pour Monsieur et Madame Arnold, et pour Monsieur Romuald Gallier.


  C'est dans ce groupe varié d'exemplaires " Hors Commerce " sur Alfa que l'on connait l'existence des exemplaires suivants, dédicacés ou non. 
Ce sont ceux, entre autres vraisemblablement, de Charles Dullin, de Victor Moremans, de Georges Pitoeff, de Madame G. Chiris, de Léon Deffoux, et de Florent Fels.


Bien entendu ces chiffres restent approximatifs. Mais on ne doit pas être bien loin de la vérité.
Il est inévitable que les aléas de la vie en ait fait disparaître plusieurs, hélas... La seconde guerre mondiale a bien dû en faire brûler quelques uns, volontairement ou non !... D'où leur rareté.

 Voici en tout cas ce que j'ai pu répertorier.
Avec de possibles erreurs dont je vous prie de m'excuser. 
Mais la tâche n'est pas si facile !
Un certain secret entoure ces livres rarissimes et précieux...

Tous les commentaires, ou renseignements utiles sont les bienvenus !


samedi 16 janvier 2016

Les fameux feuillets "in fine"


  C'est en découvrant la bibliographie de Dauphin et Fouché montrée plus haut, que ma curiosité a été attirée, et que l'envie m'est venue d'en savoir plus sur la sortie de ce roman qui restera l'un des plus célèbres si ce n'est le plus marquant du XXème siècle.

Au chapitre consacré à ce roman, les auteurs distinguent pour l'année 1932 :
- le tirage de tête sur deux grands papiers, vendus 40 F. sur Alfa,  et 90 F. sur Arches
- le tirage ordinaire, vendu 24 F.
- et les réimpressions, nombreuses et successives, d'abord par la grande imprimerie de Troyes, puis par l'imprimerie française de l'édition

  J'avais déjà bien compris tout seul que mon exemplaire ne faisait pas partie d'un des rares grands papiers : en effet, son papier est de piètre qualité, il n'est pas numéroté, et le prix figurant au dos est bien 24 Francs :



  Cependant, les mêmes auteurs décrivent l'existence d'un cahier hors texte de huit pages d'annonces des éditeurs, qui serait présent à la fin des exemplaires du tirage ordinaire, et de ceux des réimpressions. 
Cahier tiré sur du papier gris-bleu pour les premiers, et sur du papier vert pour les seconds.

  Le souci, c'est que le mien ne contient aucune page d'annonce à la fin : ni grise, ni bleu, ni verte !
Rien de rien, in fine !

Mon père m'apprit alors que très souvent les relieurs profitaient de l'occasion qui leur était donnée de "découper" un livre, pour en retirer les feuillets publicitaires éventuels, et que cela devait certainement être le cas du sien. D'ailleurs, les voici, ces huit feuillets, sur papier gris-bleu

     
 

Ce qui n'était pas décrit, c'est que ceux sur papier vert sont tout à fait différents, avec d'autres publicités :

       Voici la page 1 : 
:
      et la page 8 : 

Mais alors, sans la présence de ces feuillets, comment être sûr qu'il s'agisse bien d'un exemplaire du premier tirage, et non pas d'une réimpression ? 

Certaines réimpressions auront même par la suite encore d'autres feuillets, imprimés eux sur papier rose :



Certes, d'après les auteurs, l'on peut toujours se fier à l'absence de toute mention d'édition, en haut et à droite, sur la première page de couverture. Comme celle-ci par exemple :


OUF ! mon livre, lui, n'en comporte pas : c'est bon signe ! D'ailleurs, il parait que ces numéros d'édition sont tout à fait fictifs, et ne correspondent absolument pas à la réalité... 
Mais, hélas, cela n'est pas suffisant ! 

Contrairement à la description qu'en font ces auteurs, au paragraphe des réimpressions, il en existe bel et bien qui ne comportent aucune mention d'édition. 
Aussi bien pour la grande imprimerie de Troyes que pour l'imprimerie française de l'édition !
Les exemplaires issus de cette dernière sont facilement reconnaissables car ils comportent au bas de la dernière page du texte, l'indication suivante :
Réimprimé en offset par l'imprimerie française de l'édition
12 rue de l'abbé de l'épée - Paris V° 
Ce qui est également mentionné au bas de la dernière de couverture.


  Par ailleurs, il est assez facile de "grattouiller" habilement ladite mention d'édition. Quelques petits malins ne se sont pas gênés pour tenter de la faire ainsi disparaître, dans le but de faire croire à un premier tirage... 
On trouve assez souvent de tels exemplaires trafiqués. 
Attention à ne pas vous faire avoir !

En résumé :
Si je ne me trompe pas, c'est à dire si personne ne vient me contredire :

- le premier tirage ordinaire comporte les feuillets sur papier gris-bleu
Il en existe trois versions en fonction de la présence de deux, d'un seul, ou de l'absence de "M" inversé.

- la réimpression par la grande imprimerie de Troyes, avec ou sans mention d'édition, comporte les feuillets sur papier vert. Les deux "M" y ont été corrigés. Ce qui est logique puisqu'elle fait suite au premier tirage.

- la réimpression par l'imprimerie française de l'édition, avec ou sans mention d'édition, comporte les feuillets sur papier vert. Les deux "M" y sont inversés. Ceci étant certainement dû au fait que la technique de l'offset a été appliquée à partir d'un exemplaire du tout premier tirage.

- le tirage de tête, sur les deux grands papiers, ne comporte quant à lui jamais lesdits feuillets publicitaires. 
Je crois bien que tous doivent comporter le fameux "jaXais" à la page 32. 
Les deux "M" y ont été souvent corrigés. 
Un seul Hors Commerce m'a été signalé avec le "m" de moyen inversé page 150...

- Enfin, un grand libraire, Alain Nicolas, écrivait en 1999 à propos de l'édition originale : 
"Les exemplaires du service de presse sont les seuls, avec les grands papiers, à ne pas comporter à la fin les feuillets du catalogue éditeur".  Certains pensent pouvoir les identifier lorsqu'ils sont porteurs, au niveau de leur dernière couverture, de la marque suivante, apposée au tampon, à l'encre violette ou noire :

             

J'ai effectivement un exemplaire portant cette marque, et sans aucun feuillet.

  Sur certains exemplaires (au nombre de 200 peut-être ? ) on trouve sur le dos, à la place du prix, la mention "Service de Presse" : comme ça au moins c'est clair !

 Il n'y a pas de mention d'édition sur la couverture, aucun des feuillets in fine, mais on y retrouve en revanche le 1er "m" de moyen à l'envers page 150 !


Tout ceci semble bien compliqué.
Cela donne un peu le vertige. 
Tout comme cette exceptionnelle reliure !


vendredi 15 janvier 2016

Au fil des mots...


  Ma lecture attentive du roman qui était ainsi devenu mon livre de chevet durant cette période de ma vie, m'a permis de relever quelques erreurs de typographie. Je crois que certaines d'entre elles seraient qualifiées de "coquilles" par les spécialistes, et que d'autres ont peut-être été bel et bien voulues par l'auteur...

  Ceux qui ont parcouru également mon autre "blog" concernant les Timbres au type Semeuse, savent que je suis philatéliste, et ne s'étonneront pas que mon œil ait été attiré par ce qui suit.
Ce qui est plus étonnant, c'est que j'aie visiblement été le seul à l'avoir remarqué !
En tout cas le premier, si ce n'est pas le seul.
Ce qui m'autorise à parler ici librement de mes découvertes et observations concernant les premiers tirages de cet ouvrage.
Il me faut reconnaître qu'internet m'a bien aidé, et que les autres bibliophiles intéressés par le sujet (et probablement plus âgés que moi) n'avaient peut-être pas eu accès aux mêmes données que celles qui m'ont permis d'y voir un peu plus clair...

  J'ai bien entendu puisé sur le web beaucoup d'informations, et pioché allègrement parmi les images qui y sont publiées, images que je me suis ensuite autorisé à reproduire. Que les heureux propriétaires des livres en question ne m'en tiennent pas rigueur, et qu'ils en soient remerciés !

   Passons en vitesse sur la plus connue, repérée depuis longtemps, et déjà citée, de la page 59 :



Elle a été corrigée en 1933. Je ne saurais être plus précis puisque je me suis limité aux tirages de 1932 qui eux, bien entendu, se doivent tous de la comporter.
Reconnaissons que lire Pasteur au lieu de passeur ne saute pas immédiatement aux yeux de tous, et ne choque pas franchement ! On se demande juste ce que vient faire là un Pasteur.
C'est probablement en lisant le manuscrit que cette erreur a été révélée, mais nous en reparlerons...

  En revanche, à deux reprises dans l'exemplaire que j'avais entre les mains, aux pages 150 et 541, une lettre se retrouve imprimée à l'envers !
Il s'agit de la même lettre "m", appartenant respectivement aux mots moyen et de méthodiques :


page 150

page 541
Étonnant, non ?
A votre avis, est-ce volontairement que le typographe a placé ainsi
ce caractère, ou bien est-ce une erreur passée inaperçue ?
Aucune idée !


  Encore plus surprenant, à la page 32 d'un autre exemplaire, acheté bien plus tard par mes soins, on trouve un "X" majuscule, venu se substituer à un autre "m", celui du mot jamais !


Incroyable, non ?
Sûrement encore un coup de M le maudit, sorti par Fritz Lang l'année précédente...


  J'ai également relevé par ci par là ce qui ressemble bien à des fautes d'orthographe:

page 177

page 466

 page 556

Ainsi que cette dernière, peut-être voulue par Céline ? :

page 340


  Il ne s'agit là que de fautes, et il semble qu'on les rencontre sur tous les exemplaires de 1932. 
En tout cas sur tous ceux imprimés sur papier d'édition. A confirmer.
En ce qui concerne les grands papiers, je ne peux pas me prononcer. 
Car le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on n'en croise pas dans toutes les librairies...

  Mais le plus intéressant dans tout ça, c'est que 
les "m" inversés ne se rencontrent pas sur tous les tirages ! 

Parfois les deux "m" sont à l'envers.
Parfois seulement celui du mot moyen.
Alors que parfois aucun des deux ne l'est !

 On pourrait penser (et ce serait tout à fait logique) qu'au fur et à mesure des tirages, quelqu'un ait fini par s'apercevoir de la présence de ces satanés M en forme de W.
Le typographe ayant alors pris le soin de les corriger, l'un puis l'autre.

Ce qui laisserait penser que le tout premier tirage doit comporter les deux "m" à l'envers.
Puis l'on a dû corriger celui de la page 541, et pour finir corriger l'autre à la page 150.
Il ne serait en effet venu à personne l'idée de faire l'inverse. C'est à dire d'introduire des erreurs au fur et à mesure des tirages. Alors que leur correction semble absolument logique !
Non ? Qu'en pensez-vous ?

Hélas, là où ça se complique, là où mon raisonnement trébuche, c'est à cause de la découverte de ce maudit  " jaXais " de la page 32.
Je ne l'ai pour l'instant rencontré que sur mon exemplaire ayant les deux M corrigés, bien à l'endroit !
Et pas sur celui avec une seule correction, ni sur celui non corrigé !
Alors qu'ils ont bien dû être imprimés avant !

Quelle curieuse initiative d'aller remplacer ce "m" de jamais par un "X", en caractère majuscule qui plus est ?
A croire que cela a été fait exprès !
Et pourquoi donc ? Pour attirer l'attention, vous croyez ? Allez savoir...
Mystère !

Surtout que l'on m'a déjà signalé ce même curieux "jaXais" sur deux exemplaires imprimés sur Alfa, qui ont eux aussi les deux M corrigés !... Mais nous en reparlerons...

Je vous avais prévenu.
Il s'est passé des choses vraiment bizarres cette année-là à la grande imprimerie de Troyes.
Et ce n'est pas fini...

( Mention figurant à la dernière page de tous les premiers tirages )


mercredi 13 janvier 2016

C'était en 1932 !


  Je n'avais qu'une vague notion du personnage sulfureux qu'était Céline. Jamais lu un de ses livres. J'ignorais tout du ramdam qu'avait occasionné la sortie de son premier roman en octobre 1932.

 J'ai malgré tout demandé à pouvoir m'attaquer au fameux exemplaire de la collection paternelle.

  Le bibliophile propriétaire m'a confirmé qu'il s'agissait d'une oeuvre remarquable, à lire absolument, et m'a expliqué que le prix Goncourt avait failli de peu lui être attribué cette année-là. Au profit d'un autre roman, bien moins célèbre et moins révolutionnaire que celui de Céline, pour ne pas dire bien moins bon. A cause de magouilles, parait-il. Bizarre !
Du coup, il a dû se contenter du prix Renaudot.


  Déjà, bien avant d'en avoir lu la première page, ce livre m'intriguait. Par ailleurs, l'exemplaire que je m’apprêtais à lire datait de l'année de sa parution. " C'est l'édition originale, avec une belle reliure. Manipule le avec précaution ! " me conseilla mon père.
Pas de souci. Je savais que les éditions originales étaient souvent précieuses. Mais je ne me doutais pas encore que celles de ce roman l'étaient tout particulièrement, ni qu'elles recelaient bien des mystères. Je n'étais pas le seul à l'ignorer...

  Mon père, médecin lui aussi, qui voyait approcher l'échéance de ma soutenance de thèse, m'a également appris que le futur Docteur Destouches en avait fait une, de thèse, tout aussi remarquable que son premier livre, concernant ce que l'on appelle aujourd'hui les infections nosocomiales.
Moi qui n'avais pas encore choisi de sujet pour la mienne !...
Je l'ai lue par la suite : brève, mais très intéressante, je vous la conseille !
Il y est question d'un chirurgien hongrois travaillant dans les années 1850 à Vienne.
P.I. Semmelweis.
C'est grâce à lui que depuis, on trouve tout à fait normal de se laver les mains avant d'examiner les malades ! Dire qu'il a eu le plus grand mal à convaincre ses collègues et maîtres de l'époque !
Et que cela lui a valu de passer pour un illuminé, jusqu'à ce que sa thèse apporte la démonstration scientifique qu'il avait bel et bien raison !...

  Mais revenons à notre sujet, ma rencontre avec Voyage au bout de la nuit.
Il me faudra pas mal de soirs sous la couette, pour arriver au bout de ces 623 pages d'anthologie, mais si je m'endormais, c'était de fatigue que se fermaient mes yeux. Pas d'ennui, loin de là !
Que dire de cette écriture qui n'ait pas déjà été dit ? Rien !
Les qualificatifs me manquent.
J'étais et je reste, 25 ans et deux ou trois relectures plus tard, toujours sous le charme.
Là encore, je ne suis pas le seul...

  Au cours de mes lectures, je m'étais amusé à noter quelques anomalies d'impression ou de typographie. En me documentant, j'appris que l'une d'entre elles était connue et répertoriée.
Il s'agit d'une erreur à la page 59 : la maison du Pasteur avait remplacé par mégarde la maison du passeur dans les premiers tirages. Erreur qui fut corrigée par la suite.
Je vérifiai que mon exemplaire comportait cette erreur : et oui, c'était bien le cas !
Mais il y en avait d'autres.

  Il faut dire que le succès du livre fut très important dès sa sortie, et que le prix qui lui a été attribué, tout comme le fait d'avoir manqué de peu le Goncourt, ont vite nécessité de plus grands tirages que ce qui avait été initialement prévu par l'éditeur Denoël !
Céline étant tout à fait inconnu du milieu littéraire avant tout ça, les premiers tirages du commerce étaient assez restreints.
On parle de 3000 exemplaires. Imprimés par la Grande Imprimerie de Troyes. Vendus 24 francs.

  Comme cela est précisé au début de l'ouvrage, quelques exemplaires destinés probablement aux proches de l'auteur ont été tirés sur grand papier et numérotés : sur vélin d'Arches et sur Alfa, constituant l'édition originale. Au nombre de 110, soit disant...



  Le souci, c'est que celui que j'avais entre les mains n'était pas numéroté, alors que mon père m'avait pourtant bien dit qu'il s'agissait de l'édition originale. Cela m'a intrigué.
Se serait-il trompé ?
Ou bien se serait-il fait abuser par celui qui le lui avait vendu (assez cher) ?

That is the question !

Alors j'ai essayé d'approfondir la question auprès de spécialistes.
On m'a conseillé de me reporter à un ouvrage qui faisait référence en la matière :


Et c'est là que j'ai compris que tout ça était en fait bien compliqué ! Pas clair du tout !
Pas facile d'identifier les premiers tirages !
Bien plus compliqué même que ce que ces auteurs décrivent !

Je vais essayer d'être le plus clair possible, mais je ne vous promets rien...
Et en plus, je peux me tromper !

samedi 9 janvier 2016

Le coup de foudre


  Je ne me souviens plus de l'âge auquel nous sommes rencontrés pour ce VOYAGE, Louis Ferdinand Céline et moi, mais je devais être en train d'apercevoir le BOUT de mes études de médecine. C'était la fin des années 80. Le top 50 régnait sur Canal +.
Même si j'avais un peu passé l'âge des virées en boîtes de NUIT, Jeanne Mas y faisait alors un malheur avec son tube "En rouge et noir", et l'on s'approchait lentement mais sûrement des fêtes Denoël.
Les amateurs apprécieront mes allusions. On s'amuse comme l'on peut...

 Bref, je manquais un peu de temps libre. Le boulot occupant les trois quarts de mon temps, nuits comprises parfois, j'eus l'idée de me lancer dans la littérature afin de me détendre avant de trouver le sommeil.

 Quand je dis me lancer, je n'exagère pas tant que ça. J'avais réussi à arriver jusqu'au baccalauréat sans avoir vraiment beaucoup lu . Les grands auteurs ne m'avaient pas franchement fait rêver.
Même si j'avais obtenu, je me demande encore comment, les meilleures notes de l'académie aux épreuves de Français. Grâce à une chanson de Brassens "Saturne" à l'oral, et à La vie de Marianne de Marivaux à l'écrit !
Je me souviens un peu du premier : Il est morne, il est taciturne. il porte un joli nom Saturne, mais je crois bien en revanche n'avoir jamais rien su de Pierre Carlet de Chamblain !

 Cependant, ce qui est certain, c'est que j'avais déjà été attiré, plus jeune, par les voyages extraordinaires.
Je m'étais régalé pendant de nombreuses années avec pratiquement tous les chefs-d’œuvre de Jules Verne, un autre génie, que j'adore pour toujours !

  Ensuite, la Faculté a commencé à me remplir le cerveau avec ses dizaines de polycopiés, de croquis, et de formules chimiques à apprendre par cœur. Et je n'ai plus lu grand chose d'autre.
Pas terrible l'anatomie ou l'histologie pour s'endormir l'esprit tranquille !

  Je ne voulais pas non plus perdre mon temps à lire n'importe quoi ! Je me suis donc dit : tant qu'à ouvrir un livre, autant choisir parmi les meilleurs. Et me voilà en train de farfouiller dans les étagères de mes parents, à la recherche non pas du temps perdu (Proust serait pourtant bien parvenu à m'endormir), mais d'un bon livre assez célèbre, et qui me plaise.
 Pas facile de choisir sans rien n'y connaître, ou presque... Même si certains titres illustres attiraient mon regard, j'hésitais à me lancer si j'ose dire ainsi, un peu à l'aveuglette.

  C'est alors que je suis tombé par hasard sur un bouquin intitulé "La bibliothèque idéale" : c'était pile poil ce qu'il me fallait ! Et depuis, je ne saurais remercier assez fort Bernard Pivot d'avoir eu l'idée de cet ouvrage.
Il nous y décrit brièvement, catégorie par catégorie, tous les écrits qu'il juge être les meilleurs, et nous conseille donc de les lire. Connaissant le personnage du fait de sa célèbre émission de télévision "Apostrophes", dont le générique résonne encore à mes oreilles, je savais qu'on pouvait lui faire confiance !
Alors, je me suis intéressé aux romans français. Il me fallait bien commencer.
Voici son top 10 :
Honoré de Balzac, La Comédie humaine
Albert Camus, L'Étranger
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit
Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
Gustave Flaubert, Madame Bovary
André Gide, Les Faux-Monnayeurs
Victor Hugo, L'homme qui rit
Pierre de Marivaux, La Vie de Marianne
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu
Stendhal, Le Rouge et le noir

 Je fus assez heureusement surpris de voir que j'avais déjà lu trois d'entre eux ! Je ne vous dirai pas lesquels, mais la note de 3/10 n'était pas très glorieuse... Moins brillant qu'au Bac ! Il y en avait même quelques uns dont je n'avais jamais entendu parler : la honte !

 J'en ai donc sélectionné un, arrivé sur le podium, mon choix heureusement encouragé par Pivot. Si ma mémoire ne me trompe pas, celui-ci nous disait que
Personne ne s'en est jamais vraiment remis ! "

Non, ce n'est pas L'étranger, que je n'ai d'ailleurs jamais su apprécier. Pas aimé du tout même ! Et puis reconnaissez que son incipit ne donne pas très envie, contrairement à celui de l'autre...

Ni Balzac non plus : je n'avais pas le courage de m'y attaquer du fond de mon lit. Je n'en aurais probablement jamais vu la fin !

Non, j'avais choisi Céline. Sans regrets. Hop ! Adjugé ! Le fait qu'il soit médecin a t'il joué en sa faveur ?

 A moins que ce ne soit parce que je savais que mon père en avait un bel exemplaire dont il était très fier, et que j'avais facilement à ma disposition. Qui sait ?
Ou bien à cause de sa couverture en rouge et noir ?
Un peu de tout ça, certainement.

Si seulement j'avais su ce qui m'attendait alors...

Ça a débuté comme ça.