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dimanche 1 mars 2020

La recherche se poursuit


  Décidément, l'année 2020 s'annonce bien pour mes étagères et pour mon blog qui m'a permis de nouer quelques contacts intéressants ! Les deux s'enrichissent doucement mais sûrement.

  J'ai pu ainsi ajouter à mon article précédent quelques images supplémentaires d'envois prestigieux signés Louis Céline.

Aussi j'en profite pour passer ici une ANNONCE :

  J'aimerais trouver à présent, à un prix correct, un exemplaire broché en bon état :

- de la troisième version du premier tirage de la Grande Imprimerie de Troyes, la moins rare,

- sans mention de numéro d'édition sur la couverture en haut à droite,

- avec les feuillets bleus datés à la fin,

- et avec les 2 fameux M corrigés, bien à l'endroit, aux pages 150 et 541.

  MERCI de me contacter si vous en croisez un !

  

samedi 11 janvier 2020

Du nouveau... enfin !


  Déjà plus de trois ans se sont écoulés depuis ma dernière publication !
Fichtre, comme le temps passe...

Non pas que j'aie cessé de m'intéresser aux circonstances de la publication  de ce roman, ni qu'il ne soit plus mon préféré, ni que j'aie fini par laisser tomber devant toutes ces interrogations sans réponse, mais plutôt parce que je n'avais rien de vraiment nouveau à apporter au débat.

Encore que pour débattre, il faut au moins être deux, et il faut bien reconnaître que pas grand monde jusqu'ici n'a jugé bon d'entrer en contact avec moi pour partager ses connaissances.
A part deux ou trois amateurs comme moi, que je remercie.

Il suffit, je vous le rappelle, de cliquer au bas, sur "Aucun commentaire" pour nous joindre.

Alors, je relance, avec trois "nouveautés" pour cette nouvelle année !

  J'aurais bien aimé vous apporter quelques précisions sur les fameux exemplaires sur alfa (après lesquels je ne suis pas le seul à courir), surtout que j'ai bien cru en attraper un en 2019 : figurez-vous que celui que je pistais depuis plusieurs années, se nichait dans la collection d'un bibliophile qui avait hélas décidé de le conserver jusqu'à sa mort.
Comme "la vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit", la sienne a fini par s'éteindre, et j'attendais, frémissant, la mise en vente de sa collection. Faute d'héritier, il avait laissé des consignes pour que le profit de cette vente aille à la fondation de Brigitte Bardot. Ça tombe bien, j'adore les animaux, et j'étais bien décidé à faire un beau geste !

Faut dire qu'il était séduisant ce numéro 54, non coupé, bien conservé, "tel que paru" !



  Le jour des enchères, bien évidemment inscrit pour y participer, je m'étais libéré pour être certain de ne pas être dérangé au mauvais moment, avec 2 connexions internet simultanées fibre + 4 G pour parer à toute éventualité.

Je me doutais bien que je ne serai pas le seul sur les rangs, mais comme il y avait dans la même vente un autre exemplaire du Voyage, encore plus exceptionnel, hors-commerce, et comme il se vendait juste avant ce 54, je m'imaginais que les enchérisseurs se battraient plutôt pour celui-ci, et que l'autre du coup, serait abordable...
Il n'en fut rien ! Le hors-commerce se vendit "assez mal", et l'autre "trop bien" pour moi !
C'est même le plus cher de tous les alfa brochés numérotés que j'ai vu se vendre...
Ma limite et mon budget ont été largement dépassés, tant pis !

 Cela m'a juste permis de confirmer que, jusqu'à preuve du contraire, tous les exemplaires comme celui-ci ont bien les deux fameux M corrigés bien à l'endroit aux pages 150 et 541, et le mystérieux jaXais page 32.
Ils sont toujours dépourvus des feuillets de l'éditeur in fine, leur dernière couverture est vierge, et leur dos porte la mention ALFA. On sait que leur prix était de 40 francs.

*****

   En avril, un "chercheur" a publié dans "Histoires littéraires", une étude concernant les exemplaires sur Arches (les plus prestigieux - vendus 90 francs), dans laquelle il serait parvenu à identifier la plupart des dix numérotés (sauf le n°6). On ne les connaissait pas tous jusqu'alors.

Voici ce qu'il en est d'après lui :

n°1 : anonyme, vente publique 2013
n°2 : à Léon Daudet, sans envoi, vente 2008
n°3 : à Victor Brayat, ventes publiques 1962+2001
n°4 : à Frédéric Lefevre, vente publique 2004 (mais serait peut-être un HC et pas n°4 ?)
n°5 : à Lucien Descaves
n°6 : mystère ?
n°7 : sans envoi, collection privée
n°8 : à Roland Saucier, ventes publiques 2003+2007+2014
n°9 : à J. David, amateur Bruxellois
n°10 : à Gaston Roussel (des laboratoires), catalogue Paul Bonet 1934

Ceux-ci, je vous les laisse volontiers, vu leurs prix astronomiques, mais si vous avez des infos complémentaires, des prix, des photos, ça m'intéresse +++ et ils sont les bienvenus !

*****

  Enfin, j'ai pu récemment approcher un des non moins fameux exemplaires du Service de Presse, connus au nombre de 200 (c'est le quatrième que je vois) :


Ce qui me permet d'affirmer qu'ils sont bien sans les feuillets de l'éditeur in fine, sans aucun prix au dos, et surtout, qu'ils comportent bien EUX les deux M à l'envers aux pages 150 et 541, alors qu'on m'avait dit le contraire ! En revanche, pas de jaXais à la page 32, correctement écrit "jamais". La dernière couverture est imprimée comme celle des premiers exemplaires sur papier d'édition.

Evidemment, TOUS (Arches, Alfa, Service de Presse) sont issus 
de la Grande Imprimerie de Troyes, en 1932

Mais d'après les archives de Denoël, les 200 premiers à avoir été tirés, le mercredi 12 octobre 1932, sont ceux du Service de Presse. Maintenant que je sais que les deux M y sont à l'envers, cela colle parfaitement et logiquement. CQFD.
Dans les jours qui suivent seront imprimés ceux destinés à être commercialisés (y compris les grands papiers), la date de parution du livre étant le 15 octobre.
D'abord avec les deux M à l'envers, puis avec un seul (celui de la page 150), puis avec les deux corrigés.


Reste le mystère du X de jaXais, page 32, que je ne m'explique pas !
Vu sur les alfa, sur certains ordinaires sans mention d'édition
ou avec mention de 9ème édition, qui ont tous leurs deux M corrigés. 
Ceci veut dire que l'on a volontairement placé ce X à cet endroit,
puisqu'il n'existe pas sur les tout premiers tirages !

*****

  Cerise sur le gâteau (des rois) : j'ai eu le plaisir d'apprécier sur ce dernier exemplaire, le précieux envoi que voici :



  D'ailleurs, il semble que cette signature Louis Céline soit celle qu'utilisait l'auteur, alors inconnu, à l'époque de la sortie du roman qui fera sa gloire (il en a changé par la suite).

En voici d'autres exemples contemporains, plus ou moins illustres, trouvés sur le net :













(avec ce curieux S à Louis)




















Ce dernier envoi sur un exemplaire du Service de Presse a été « anonymisé » !

 


De quoi se faire une jolie bibliothèque !




mercredi 14 septembre 2016

Denoël et les tirages autour de Noël...


   Un amateur célinien ayant jeté cet été un œil averti sur mes "articles", a eu la grande amabilité de me faire parvenir le document suivant, certainement issu des archives de l'éditeur :


On y trouve, recensés jour après jour entre le 12 octobre 1932 et le 4 juillet 1933, les chiffres des différents tirages. En fonction des différents imprimeurs successifs : 
- la Grande Imprimerie de Troyes qui nous intéresse au plus haut point,
- puis l'Imprimerie Française de l'Edition, 
- puis l'Imprimerie Moderne de Montrouge.


Le contrat qui liait Denoël et Céline rendait bien entendu absolument nécessaires ces comptes : on le voit bien sur le récapitulatif manuscrit au bas du document :

- les grands papiers étaient comptés à part (du moins les 110 exemplaires officiels) et il est probable qu'ils rapportaient davantage à l'auteur 

- 3000 exemplaires ordinaires "sans droits" étaient soustraits du total, tout comme 5 % du total des exemplaires ordinaires restants 


  Ceux d'entre vous qui ont retenu que le prix Renaudot avait été attribué au roman et remis à son auteur le 8 décembre (à défaut du prix Goncourt) savent certainement que le monde littéraire ainsi que les médias en avaient beaucoup parlé, et comprendront à la lecture de ces chiffres que le public se soit précipité pour se le procurer dès le début du mois. 




       Une deuxième imprimerie a alors été mise à contribution, avec des chiffres de tirages 
       bien plus importants.


  Ce document nous permet aussi de confirmer ce que nous supputions déjà à propos des grands papiers : 
- il n'y aurait pas eu que les 100 numérotés, mais 219 exemplaires sur alfa ! 
- et non pas seulement 10 numérotés, mais 23 exemplaires sur vergé d'Arches !

Les 200 exemplaires du Service de Presse se révéleraient donc un peu plus rares que ceux sur alfa !


  D'ailleurs, personnellement, j'ai déjà vu se vendre à ce jour d'assez nombreux exemplaires sur alfa, contre 3 seulement du Service de Presse. J'ai pu en recenser 36 sur alfa, qu'ils soient numérotés ou "hors commerce", et uniquement une douzaine sur Arches.


dimanche 13 mars 2016

Le fameux manuscrit


  On n'est pas vraiment certain qu'il n'en existe qu'un, contrairement à ce que l'auteur s'est autorisé à noter de sa main sur la couverture d'origine :


Connaissant le personnage, il ne serait pas étonnant que ce soit un mensonge...

Mais ce qui est sûr, c'est que la BNF a bien fait de l'acheter aux enchères, celui-ci, en mai 2001, sinon nous n'aurions jamais pu le voir, ni même espérer le lire, et encore moins feuilleter ses 876 pages.

  C'est le célèbre libraire Pierre Bérès qui a fait sensation cette année-là en le sortant à la surprise générale d'un de ses coffres, soi-disant pour le compte d'un mystérieux collectionneur anglais.
Beaucoup s'accordent à penser qu'il en était bel et bien l'heureux propriétaire.
Et depuis longtemps...

En tout cas, il n'a pas fait une mauvaise affaire ce jour-là, puisque le prix d'adjudication fut de plus de 12 millions de francs : un record !

Il est d'ailleurs fort amusant de noter par qui l'état a dû se faire aider pour avoir les moyens de préempter ce chef d'oeuvre de la littérature : il s'agit, comme mécène principale, de Nahed Ojjeh, la veuve du richissime Akram Ojjeh. 
Je vous laisse découvrir sur Wikipedia comment sa fortune a été bâtie. Ce n'est pas triste !...


  On sait que Céline l'avait, lui, vendu en mai 1943 à un célèbre marchand de tableaux, Etienne Bignou contre, officiellement, 10 000 (anciens) francs et un petit tableau de Renoir !
Mais probablement bien plus que ça en réalité...


  Entre les péripéties de la fin de la seconde guerre mondiale, qui n'épargnèrent pas Céline, et les décennies qui se sont depuis écoulées, on avait franchement perdu sa trace !
Personne ne l'avait plus jamais vu.


Il faut savoir aussi, qu'avant même d'être publié, il faisait déjà parler de lui :


  Dans cette lettre qui devait accompagner son roman, l'auteur écrivait en effet, dès avril 1932 à Gaston Gallimard, le lui présentant en ces termes (sans succès) :

  « C’est du pain pour un siècle entier de littérature. 
C’est le prix Goncourt 1932 dans un fauteuil pour l’Heureux éditeur qui saura 
retenir cette œuvre sans pareil, ce moment capital de la nature humaine ». 

  Il en fallait du culot, pour envoyer ça à un grand éditeur, sans avoir jamais rien publié !...


Voici sa première page :

On y voit que l'incipit, devenu légendaire depuis, était à l'origine :
"Ça a commencé comme ça" 
et non pas "Ça a débuté comme ça" !

  Je conseille à tous les amateurs de se plonger dans la lecture de ce manuscrit qui apporte un éclairage nouveau sur le roman et sur son auteur !
La comparaison avec la version publiée est passionnante. L'écriture est facile, les corrections toujours intéressantes, sans trop de ratures, et les différences notables.

  En effet, depuis peu, cela est possible grâce à la parution du fac-similé complet de ce manuscrit, dont je ne saurais trop vous conseiller l'achat :





jeudi 11 février 2016

La rançon du succès


  L'éditeur Denoël écrivit un an plus tard : "Ce n'est que le scandale créé autour du prix Goncourt qui a déclenché la vente du livre...", et l'on imagine facilement sa satisfaction...
Ce n'est pas tous les jours en effet qu'un inconnu vient ainsi rajeunir le paysage littéraire, avec une oeuvre aussi polémique qui plus est, à laquelle on attribua tout de même le prix Renaudot !
"Avant le prix, le premier tirage n'était pas épuisé" écrira t'il aussi.

Mais le bouquin a ensuite fait le buzz grave, comme l'on dit aujourd'hui !
D'où le début des réimpressions...

  Le succès fut immense, et les tirages eurent du mal à suivre la demande du public : fin décembre 1932, les éditeurs s'excusent auprès de Messieurs les Libraires du retard apporté à la livraison des commandes de cet ouvrage. "Deux imprimeurs travaillent en ce moment à la fabrication du Voyage au bout de la nuit dont plus de 25000 exemplaires ont été vendus en quinze jours. Le retard sera rattrapé le plus rapidement possible."

  Il s'agit là des deux réimpressions de 1932, dont je me permets de vous rappeler qu'elles comportent in fine
les feuillets d'annonces sur papier vert, non datés, et bien différents des premiers.
L'année se termine. En quelques semaines, même si la demande est forte et si l'on va s'efforcer d'en imprimer le plus possible, ces exemplaires restent encore aujourd'hui assez peu courants, bien que moins recherchés que les précédents !

* Une partie de ces réimpressions sera assurée par la Grande imprimerie de Troyes : on la distingue des premiers tirages grâce à ses feuillets d'annonces verts, et grâce à la mention d'édition (fictive) figurant en haut à droite de la première page de couverture.
Je crois bien qu'il existe également des versions sans aucune mention d'édition, mais il faut se méfier car il est assez aisé de la faire disparaître... Attention ! Surtout si les feuillets manquent...

* L'autre partie de ces réimpressions a été confiée à l'Imprimerie française de l'édition, toujours avec les feuillets d'annonces verts. Elle est très facile à distinguer puisque son origine est mentionnée en bas de la dernière couverture :


Et aussi car les exemplaires portent au bas de la dernière page de texte, l'indication suivante :


Là encore, je crois bien qu'il existe des exemplaires sans mention d'édition, mais cela reste à confirmer...


     On remarque pour ces réimpressions, que les deux fameux M des pages 150 et 541 :

* sont bien corrigés à l'endroit dans celle de la Grande imprimerie de Troyes,

* alors qu'ils sont encore à l'envers dans celle de L'Imprimerie française de l'édition, probablement du fait de la technique de l'offset qui n'a fait que copier le texte non encore corrigé !

Amusant, non ?


   Pour illustrer la sortie tumultueuse de ce livre, voici des annonces extraites de "Mercure de France" datant de novembre et décembre 1932 :


Ainsi que le numéro du 10.12.1932 de la revue "Monde" avec un article sur Céline, autour du Goncourt, ainsi qu'un extrait du roman :



  Et cette note des éditeurs, décrivant sommairement l'ouvrage :